Dune de Frank Herbert, une deuxième expérience de SF peu concluante

Mon avis en 30 secondes

Dune

Après mon coup de cœur absolu pour Ubik, j’ai voulu poursuivre mon exploration du vaste monde la SF avec Dune de Frank Herbert. Changement de registre total avec ce roman, qui selon certains est de la planet opera (alors qu’Ubik serait plutôt un roman digressif, proche de la dystopie). Considéré comme l’un des plus grands classiques de la SF et encensé par les critiques que j’avais pu lire, je me suis dit que je ne prenais pas trop de risques. Et pourtant, ça ne l’a pas du tout fait. Avais-je mis la barre trop haute ? Peut-être. Le fait est que ce roman ne m’a pas laissé un souvenir mémorable. Voici les principaux points qui m’ont gênée et que je vais me faire un plaisir de développer dans la suite de ce billet :

  • Une narration au rythme très inégal ;
  • Des personnages peu attachants et manquant de profondeur ;
  • De multiples trames, dont certaines ne sont pas achevées ;
  • Une fin vite expédiée et un peu trop facile.

Bon, tout n’est pas à jeter quand même. Je n’ai pas accroché à Dune, mais je n’ai pas non plus détesté. Certaines parties de l’intrigue m’ont vraiment plu et m’ont poussé à poursuivre ma lecture.

De quoi ça parle ?

L’histoire se déroule en 10191. L’humanité a conquis de nombreuses planètes et l’univers est dirigé par un empereur (Shaddam IV), selon un système féodal. Cette conquête a pu être réalisée grâce à l’Épice, une substance mystérieuse, qui a la capacité de décupler les capacités humaines, de prolonger la vie et de prévenir certaines maladies. Ce mélange miraculeux est cependant très rare : il ne se trouve que sur une planète, Arrakis, également appelée Dune, en raison de son climat désertique. Qui dirige cette planète a donc un avantage politique considérable sur les autres.

Au début du roman, c’est au duc Leto de la maison des Atréides qu’est confiée la tâche de diriger Arrakis, sur ordre de l’empereur, pour remplacer une maison rivale, les Harkonnen. Le duc se rend sur la planète avec sa concubine, Dame Jessica, et leur fils, Paul. La mère de Paul est une Bene Gesserit, c’est-à-dire qu’elle dispose de dons qui lui permettent de voir au-delà du visible. Les Bene Gesserit constituent une caste influente dans l’Empire. Leur objectif principal est, par sélection génétique, de créer l’être humain suprême : le Kwisatz Haderach. Paul a reçu par sa mère les pouvoirs Bene Gesserit et par son père une éducation militaire et politique rigoureuse. Il entend donc accomplir sa destinée sur Arrakis.

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Paul en pleine action, sous le regard de sa mère (La femme au grand front)

Une narration au rythme très inégal

Dune se divise en trois parties : la première établit l’univers et pose les bases de l’action ; la deuxième s’intéresse aux péripéties des différents personnages ; la troisième est consacrée au dénouement. Schéma plutôt classique, mais où la répartition de l’intrigue est déséquilibrée. En effet, la première partie est plutôt dynamique : on découvre les personnages, un univers nouveau et les trames de l’histoire sont lancées. Avec la deuxième partie, j’ai eu l’impression que l’action se ralentissait et qu’on était dans une sorte de torpeur, où il ne se passait rien. Pourtant, si, il se passait des choses importantes, mais j’ai trouvé que la narration était longue et lente, atténuant de ce fait l’impact des événements.

giphy
(En gros, je me suis ennuyée)

Quant à la troisième partie, tout s’est passé si vite que c’est comme si je n’avais rien lu. Les événements s’enchaînent à une vitesse folle et sont parfois décousus, certaines choses arrivant un peu comme un cheveu sur la soupe. Cette narration déséquilibrée se ressent alors sur les personnages, auxquels j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher.

Des personnages peu attachants et manquant de profondeur

Pendant tout le roman, les personnages sont dans l’attente : l’attente du Kwisatz Haderach pour les Bene Gesserit, l’attente d’un prophète et de la libération de leur planète pour les habitants d’Arrakis, l’attente de l’accomplissement de sa destinée pour Paul, etc. Même s’ils agissent, les personnages n’en restent pas moins passifs face aux événements, puisque tout est prédit. Ils ne font que suivre un chemin déjà tracé et inévitable. Si certains personnages, dont Paul, tentent de trouver une parade aux événements, les réflexions internes qu’ils mènent se soldent par une complète acceptation de ce destin. Ils l’embrassent pleinement et chacune de leur action est vidée de son sens. Ils apparaissent comme des pantins, dont les ficelles sont guidées par une forme de toute-puissance. Parce que les choses doivent obligatoirement se dérouler d’une certaine façon, même face aux événements les plus difficiles, ils restent froids et distants, et en deviennent presque antipathiques. Je les ai donc perçus pour ce qu’ils étaient des créatures de papier, lisses et sans aucune substance.

PrincesseGrenouille
Moi, pendant ma lecture

Il est vrai que le cœur de Dune repose sur la question de la fatalité et du destin, qui écrasent littéralement les personnages. En cela, l’auteur s’est peut-être inspiré des tragédies grecques, où les personnages se débattent tant bien que mal avec le poids du destin, défini par les divinités. Cependant, l’un des intérêts de la tragédie est de représenter les passions humaines qui luttent avec cette fatalité, dans un effet cathartique. Très schématiquement, avec la tragédie, le lecteur ou le spectateur est placé dans des situations inextricables et horribles, et est invité à les éprouver à travers les personnages, auxquels il peut s’identifier. Ce qui est l’un des ressorts de la tragédie. Or, dans Dune, on ne retrouve que l’idée de cette fatalité accablante. Les personnages me sont apparus dénués de sentiments et complètement hermétiques aux événements. Cela conduit finalement à un lissage du récit, qui m’a empêché de m’immerger dans l’histoire. Je suis restée aussi hermétique au roman que les personnages.

Un sentiment d’inachevé

desert

Dès le début du roman, plusieurs trames sont lancées. Si certaines ont été explorées à fond, d’autres m’ont laissé un arrière-goût d’inachevé pas très agréable, notamment la question de l’écologie d’Arrakis. Très rapidement, dans les premiers chapitres, on nous fait comprendre qu’Arrakis n’a pas toujours été une planète désertique et que la « verdure » pourrait revenir un jour, voire qu’elle existe peut-être toujours sur la planète, et que tout cela est en lien avec l’Épice et les vers, de grosses créatures qui vivent dans le sable. Alors, soit j’ai manqué un truc, soit cette question est rapidement éjectée du roman. À la fin, j’ai eu l’impression de n’avoir obtenu aucune réponse aux nombreuses interrogations soulevées par le roman sur ce point. À mon avis, cela est en grande partie dû au fait que l’auteur joue beaucoup sur les sous-entendus et les non-dits. Alors, c’est bien de jouer là-dessus, ça créé du suspense, pas de problèmes. Mais, quand les personnages passent leur temps à parler par énigmes, ça devient rapidement incompréhensible. Le problème, c’est que beaucoup d’éléments centraux dans le roman sont entourés d’une forme de mysticisme et de phrases à la Pythie grecque, parfois difficilement interprétables.

Ce qui a sauvé ma lecture

Le tableau que je viens de dresser de Dune n’est pas très élogieux. Pourtant, je n’ai pas tout détesté dans cette histoire. La caste des Bene Gesserit par exemple. J’ai aimé la découvrir au travers de Dame Jessica et Paul. Leurs coutumes, leurs dons et leurs objectifs sont intrigants et mystérieux. Les Bene Gesserit, par leurs dons, semblent détachés du reste des hommes et suivre des règles qui leur sont propres. Pourtant, leur mission de créer l’être humain suprême les lient irrévocablement à la politique de l’empire, dont elles semblent tirer les ficelles.

Dune n’a pas été un coup de cœur, loin de là. Même si j’ai apprécié la première partie et certaines trames de l’histoire, les événements sont soit trop décousus, soit vite expédiés, ce qui m’a empêché de m’immerger complétement. La fin m’a également paru très surprenante et ne m’a pas du tout donné envie de continuer la suite de Dune. Expérience décevante avec le planet opera certes, mais à retenter avec un prochain roman de SF.

Biscotte 😉

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