Première rencontre avec la SF: Ubik de Philip K. Dick

Mon avis en 30 secondes

Quand j’ai commencé à lire Ubik, je ne m’attendais pas du tout à ça. Ça a été une expérience éprouvante, puisque je me suis quand même pas mal torturée les neurones, mais je vous le recommande vivement. C’est un roman qui vous retournera le cerveau, qui vous fera réfléchir sur la vie et le sens qu’on peut lui attribuer. Vous serez probablement vidés par votre lecture, perplexes et vous essaierez vainement de lui donner un sens, sans être vraiment sûr que ce soit le bon…

De quoi ça parle ?

Ubik_coverUbik parle d’un futur proche hypothétique, où le monde est dominé par la technologie. Les actions les plus banales sont mécanisées et… payantes : même ouvrir la porte de sa propre maison suppose de donner de l’argent à la poignée, au risque de se voir refuser l’accès. Les prouesses technologiques sont telles qu’elles ont permis de repousser la mort elle-même, en créant un état intermédiaire : la semi-vie. Placés dans des moratoriums, les hommes et les femmes en semi-vie sont comme « en veille », afin de permettre aux vivants de les réanimer et pouvoir discuter avec eux. Toutefois, cet état n’est pas éternel : à chaque réanimation, l’activité cérébrale des personnes en semi-vie diminue jusqu’à ce qu’elle disparaisse.

Le futur d’Ubik imaginé par Philip K. Dick n’est pas uniquement dominé par la technologie, mais également par les pouvoirs psychiques. En effet, nous sommes plongés à une époque où s’affrontent « psys », c’est-à-dire des télépathes ou des télékinésistes, et « anti-psys », c’est-à-dire des personnes ayant des contre-pouvoirs qui annulent ceux des psys. Les « anti-psys » sont embauchés par des entreprises spécialisées dans la détection et la traque des psys. Au milieu de tout cela, nous suivons les aventures de Joe Chip, un recruteur d’anti-psys pour le compte d’une grande entreprise de lutte contre les psys. Au cours d’une expédition sur la Lune afin de démasquer des télépathes, la vie de Joe Chip et de son équipe est complètement bouleversée à la suite d’une étrange explosion…

À la frontière entre réel et irréel

À la suite de cette explosion, Joe Chip et ses compagnons sont confrontés à des situations inexplicables : des personnes disparaissent et le temps semble progressivement régresser, comme si le monde qu’ils avaient connu jusqu’à présent n’avait jamais vraiment existé. Finalement, dans ce roman, les véritables héros sont l’incertitude et le doute, que l’auteur nous fait expérimenter en nous plongeant dans un univers où il est difficile (voire impossible) de dissocier le réel de l’irréel. Philip K. Dick joue avec notre perception de la réalité et nous pose finalement cette question : comment savoir que le monde qui nous entoure n’est pas qu’une illusion ? Il instaure un climat de suspicion, voire de paranoïa, où les personnages (et le lecteur) tentent désespérément de démêler le vrai du faux et de rationaliser une situation qui se heurte à leur propre conception de la réalité (la régression dans le temps par exemple).

Ces thèmes de l’incertitude entre vrai/faux, de doute et de suspicion sont récurrents dans les romans de Philip K. Dick et sont liés au vécu personnel de l’auteur, qui souffrait de paranoïa. On ressent également l’influence de son époque et du climat de suspicion qui régnait aux États-Unis à cette période, d’abord avec la crainte du communisme, puis celle des espions russes, où tout le monde pouvait être soupçonné. En incorporant ces éléments dans ses romans, on peut se demander si cela n’était pas une manière de donner du sens à ce que lui-même éprouvait, l’écriture devenant une sorte de catharsis.

Une critique de la société d’informations

Au cours du roman, la confusion des personnages est accentuée par le flot d’informations qu’ils reçoivent :

  • 1ère source d’informations : la publicité. Tellement omniprésente qu’elle en devient banale, elle nous propose pourtant une certaine image de la vie quotidienne, met en scène des comportements et véhicule des idées, qui s’impose à nous et façonne sans que nous le voulions nos propres représentations.
  • 2e source d’informations : les journaux. Les informations qu’ils donnent sont perçues comme vraies. Toutefois, le roman vient questionner la véracité des infos véhiculées par les journaux. Cela est particulièrement visible au cours d’une scène où la situation que les personnages vivent est contredite par le journal télévisé, d’où une opposition entre ceux qui préfèrent suivre leur sens et ceux qui accordent leur crédit aux journalistes.

Au-delà de la paranoïa et de la théorie du complot, je pense que derrière se cache une critique de la société de consommation, qui consomme aussi bien des biens que des informations. Elle est constamment frappée par des tonnes de données, ce qui aux yeux de l’auteur apparaît comme un danger, dans la mesure où l’homme n’arriverait plus à se faire une opinion par lui-même. Dans cette perspective, ce roman me paraît d’autant plus actuel, à l’heure de l’explosion du Web où la question de la véracité des données devient un besoin de plus en plus pressant.

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Difficile de s’y retrouver dans tout ça…

Un roman métaphysique ?

Il y a une chose dont je n’ai pas encore parlé et qui pourtant devrait être au cœur de mon propos, parce que c’est quand même le titre du roman : Ubik.

Ubik, c’est un peu une ombre qui plane sur tout le roman : déjà, c’est le titre du roman, mais surtout au début de chaque chapitre se trouve une petite publicité pour un produit à tout faire du nom d’Ubik.

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Pourtant, Ubik arrive très tardivement dans l’intrigue du roman. Les publicités sont complètement dissociées du reste du contenu dans un premier temps. Mais c’est aussi pour cela que l’on dévore le roman : on veut savoir ce que c’est cette chose miraculeuse qui permet à la fois de se raser et de faire la cuisine !

Ubik procure une impression de malaise. Il est omniprésent, omnipotent et omniscient. Il est à la fois effrayant et fascinant. Il y a quelque chose d’insaisissable et d’indéfinissable en lui. Il peut tout faire, mais personne ne sait ce qu’il est vraiment. Ce qui au départ apparaît comme un simple produit de consommation devient peu à peu une entité indépendante, qui contrôle et domine le monde. Et je pense que ce n’est pas anodin que ce soit le nom du livre, car ainsi il domine également notre lecture.

Mon interprétation est que sous couvert de SF, Ubik est aussi une interrogation sur un principe métaphysique à l’origine de toute chose, sur son impact sur la vie et sur le libre-arbitre. À travers Ubik, l’auteur explore les notions de principe créateur, mais aussi de croyance.

Ceci est une interprétation très personnelle de ma lecture. Ceux qui l’ont lu n’auront peut-être pas la même perception d’Ubik ; quant aux autres, je vous encourage à vous plonger dans ce livre très surprenant !

Bonne lecture (et bonne prise de tête !)

Biscotte 😉

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